LE TRANSAT

Du fauteuil Transat (1922) de Robert Mallet- Stevens à la Chaise Pi (1982) de Martin Székely, la chaise longue séduit au XXème siècle aussi bien par sa fonctionnalité que par son élégance. Retour sur l’essor de cette assise longiligne.

Si le transat fut longtemps considéré comme accessoire de plage, il faut en réalité chercher ses origines du côté de la plaisance, et des premières liaisons transatlantiques d’où il tire son nom. Au début du XXème siècle, l’usage des paquebots assurant les traversées entre l’Europe et l’Amérique évolue progressivement vers une navigation de plaisir et de distraction. Les compagnies d’alors telles que la Compagnie Générale Transatlantique (française), ou la ligne britannique Cunard Line rivalisent jusque dans les années 60, offrant des croisières toujours plus luxueuses à l’élite de l’époque.

Se développe ainsi sur les célèbres navires Queen Mary, le Normandie ou plus tard le France, un mobilier de pont – que l’on retrouvera encore aux enchères presque un siècle plus tard – pensé non seulement pour sa fonctionnalité mais aussi pour son confort. Afin d’être déplacées et stockées facilement, ces assises se devaient d’être légères, pliables et résistantes à l’air marin. Pour assurer d’autre part le plaisir de longs bains de soleil, les lignes de ce mobilier se sont naturellement allongées, la hauteur se rapprochant du sol, les jambes et le dos s’étirant toujours plus… La chaise longue était née, et son essor ne faisait que commencer.

De retour à terre, l’engouement pour cette mutation de “l’asseoir” séduit les plus célèbres designers et architectes tels que Charlotte Perriand, Le Corbusier, Robert Mallet-Stevens, ou Eileen Gray, sans nul doute également poussés par le développement de la villégiature des années 20. Car le transat, même sorti de son contexte initial, continue à véhiculer une certaine idée d’une élégance décontractée. Irrésistible accessoire de détente, il passe rapidement de l’extérieur à l’intérieur, apportant aux univers les plus cossus le luxe d’une posture empreinte au farniente…

Une tendance qui, loin de sombrer avec l’échec de ces liaisons transatlantiques – notamment dû à l’arrivée des lignes aériennes – s’est poursuivie, se conjuguant parfaitement aux valeurs ludiques et oisives véhiculées par la vague pop des années 60, et toutes les fantaisies que permettait l’apparition de nouveaux matériaux toujours plus souples et ondoyants… Et Olivier Mourgue, Verner Panton ou Gaetano Pesce de prendre le relais… L’évolution du mobilier de pont n’avait pas fini de surprendre.

INFORMATIONS PRATIQUES

Illustration : Nastia Sleptsova

Texte : Emmanuelle Oddo

Transat : © Collection French Lines & Compagnies