À HAUTEUR D’ARBRES

Alors qu’il devient urgent de reconsidérer le rapport de l’Homme à son environnement, quelques initiatives architecturales avant-gardistes nous prouvent qu’il est bel et bien possible d’aborder cet enjeu avec intelligence, créativité et subtilité. Parmi elles, la villa imaginée par Lacaton & Vassal, au Cap Ferret il y a déjà trente ans.

Plaisir régressif ou rêve d’aventurier, la vie sous la canopée ne se résume plus à quelques cabanes imaginées par les enfants dans les branches. Elle est devenue réalité pour de nombreux adultes soucieux de se reconnecter à la terre. Encore faut-il que ces habitations hors-normes soient conçues intelligemment.

Au bord de l’eau, du côté du bassin d’Arcachon, les architectes Anne Lacaton & Jean Philippe Vassal font le pari, dans les années 90, de concevoir une maison en inversant le rapport de force entre l’Homme et la nature. Cette fois, c’est à l’humain de s’adapter à son environnement et non l’inverse. Lorsque le projet leur est confié, le terrain, inoccupé depuis longtemps, est l’une des dernières parcelles non bâties en première ligne sur le bord du Bassin. Sa topographie naturelle n’est pas des plus évidentes : une dune de sable dressée, surplombant l’océan, recouverte de 46 pins, d’arbousiers et de mimosas. Le défit est lancé : comment construire sans aplanir ni déboiser, en préservant l’intégralité de la dune et de sa végétation ?

Pour éviter les terrassements dégradants et la coupe des pins, douze micro-pieux sont enfoncés dans le sable jusqu’à dix mètres de profondeur. Prenant appui sur ces fondations, une charpente métallique est érigée entre les arbres, qui vont alors structurer l’intérieur de la maison et définir les espaces.
« Les pins sont conservés, y compris ceux situés dans l’emprise de la construction. Ceux-ci traversent la maison dans des réservations adaptées à leur balancement, à leur développement et à leur maintien en bon état sanitaire. » précisent les Lacaton-Vassal, comme on se plait à les appeler dans le milieu.

Une élévation qui permet, non seulement de jouir d’une vue imprenable, mais surtout de préserver l’état des sols et de prendre possession du paysage. Une communion menée d’une main de maître, dans laquelle tout le monde se retrouve.
Pour parfaire cette intégration au site, la sous-face et les façades de la villa sont constituées de larges baies et de plaques d’alumium, répercutant la lumière environnante et créant des jeux de transparence. Le toit, quant à lui, fait office de terrasse.

Au-delà d’une performance esthétique et éco-responsable, la prouesse de ce projet réside également dans sa démarche minimaliste et économe. A travers ce chef d’œuvre architectural, Lacaton et Vassal prouvent qu’il est possible de concilier optimisation budgétaire, respect de l’environnement et bien-être des occupants. “ Moins de matière, c’est aussi moins de coût, et c’est une façon totalement directe de mettre en œuvre les choses, d’assumer les matériaux, d’assumer les assemblages : “cette performance devient aussi une qualité esthétique.”

expliquent-ils. Une modestie des moyens couplée à une discrétion dans l’intervention, qui feront la renommée du cabinet.
Car la structure sur pilotis et le bardage métallique du bâtiment, de facture simple et peu coûteuse, permettent d’alléger le poids de la maison et d’éviter le recours à des fondations aussi onéreuses que complexes sur ce type de terrain meuble. Même approche économe pour l’ensemble des matériaux et assemblages, volontairement laissés bruts et apparents.

En 1998, c’est un véritable coup de maître que les Lacaton-Vassal réussissaient, puisque pour une superficie de 180 m² et 30 m² de terrasse, le budget total alloué était de… 123 000 €.
Un chef d’œuvre bâti sur une réelle vision et des convictions propres, aujourd’hui inscrit dans la liste des classiques de l’architecture.

INFORMATIONS PRATIQUES

MAISON, CAP FERRET
Architectes : Anne Lacaton & Jean-Philippe Vassal
Site : Lège, Cap-Ferret
Maître d’ouvrage : Privé
Date : Livraison 1998
Superficie : 180 m², terrasse 30 m²
Coût : 123 000 € HT

Texte — Emmanuelle Oddo & Photos — Philippe Ruault